C’est à l’étage d’une librairie bruxelloise que j’ai retrouvé avec joie le singe de Tony Millionaire…


Il est des livres pour enfants avec des jouets qui parlent. C’est sympa, mais ça s’arrête là. Et puis il y a cet ouvrage de Tony Millionaire qui raconte les aventures de jouets qui parlent, et qui n’est finalement pas tout à fait pour les enfants.

Oncle Gabby est un Sock Monkey, une singe en peluche confectionné avec une chaussette. Et ce singe là est connu des cercles poétiques comme étant l’« Un-Namer », l’A-nommeur, celui qui enlève aux objets leurs noms pour en révéler leurs mystères et beautés. Ainsi:

(…) « Et bien que “Lune” soit un nom charmant, je te le retire à présent!
Maintenant, il nous reste un fin disque brillant qui embrasse les nuages nocturnes (que j’a-nomme également, les changeant en paradisiaques volutes de tulle»
Traduction française du Professeur A.

Notre singe est accompagné du fidèle Mr Corbeau, qui a pour yeux des boutons, et de Pouce, la poupée au caractère bien trempé. Tous trois évoluent dans des décors qui rappellent l’Angleterre Victorienne du Little Nemo ou de l’Alice de Sir John Tenniel; Le trait est fin mais riche, et les nombreux détails créent une ambiance visuelle très poétique: la voiturette est tirée par des Scottisch Terrier, les monstres ailés sont tout aussi effrayants que ceux de mon enfance; Le temps, les distances et proportions sont élastiques. Bref, Millionaire nous a pondu une aventure à caractère fantastique, presque philosophique, hors du monde et du temps tel qu’on les connait.

Mais qu’on ne s’y trompe pas: si les illustrations parleront certes aux enfants, les dialogues sont dans un style raffiné (qui colle bien au graphisme) et le sens de l’histoire leur échappera très probablement.
Car Tony Millionaire n’est pas un illustrateur pour enfants: c’est une armoire à glace qui dessine principalement pour la presse.

Son personnage le plus célèbre s’appelle Drinky Crow, un corbeau alcoolique et suicidaire, qui naîtra au début des années ‘90 sur la serviette en papier d’un bar et apparaîtra au grand public en 1994 aux côtés du singe Gabby dans le strip Maakies, que publie l’hebdomadaire New York Press. Une sorte de Peanuts, en plus noir et plus trash.

Le monde fabuleux d’Oncle Gabby n’est donc pas rose pour autant, et viendra même se heurter à notre réalité. Bien que la mise en couleur des planches soit discutable (ça sent parfois la tablette graphique), cet ouvrage court, à lire et relire, reste mon coup de coeur du moment.

  • Les aventures de Sock Monkey ont été publiées en 4 comics de 2 numéros chacun, et en 5 livres d’illustrations.
  • La version francophone d’Oncle Gabby est éditée par Rackham (€ 14,00)
  • Source de l’image: Fantagraphics